Combien de temps avais-je marché en m'insultant interieurement ?
Victoria, Etienne... Baptiste ? Tout à coup j'eus pitié de lui, après moi il avait eu droit à la tornade Vic... Un de plus. C'est vrai, j'aurais pu y penser, j'aurais dû y penser ! J'aurais dû me méfier, je savais que Vic adorais collectionner les garçons quels qu'ils soient. Et effectivement, ce n'étais pas ça qui m'avait le plus étonné ce soir. Ce qui m'avait frappé, choqué, c'était la violence de mes propres sentiments. Quoi ! Je prétendais savoir ce qui était bien pour Florent, je prétendais me mêler de ses sentiments alors que je n'étais même pas capable de m'occuper correctement des miens ou même de les reconnaître ! Ridicule !
Paris rayonnait de tous les côtés. La tour eiffel de l'autre côté de la scène venait de commencer à sintiller, il était deux heures du matin. La mercedes noir a glissé lentement sur la chaussée et s'est calée sur mes pas. La vitre avant côté passager s'est baissée.
- Monte.
Je n'avais jamais eu autant envie d'obéir aun ordre. Mais je m'en abstint, l'image de la scène passée gravée comme au fer rouge devant les yeux.
- Ann...S'il te plaît.
- Tais toi il n'y a que Florent qui a le doit de m'appeler comme ça ! criais-je brusquement.
Je détestais le son brisé et suppliant de sa voix à cet instant, c'était comme si ce n'étais plus vraiment lui. La Mercedes s'est arrêtée dans un crissement de pneus. J'ai continué d'avancer sans courire. Sa main s'est refermée sur mon bras.
- Lâche moi.
- Pas avant que tu ne m'ais écouté. Victoria...
- Laisse mon amie en dehors de tout ça tu veux ! Je sais comment elle est et je sais qu'elle a un copain, c'est dégueulasse pour Baptiste c'est tout. Maintenant laisse moi j'ai promis à Florent que ja passerai.
Piètre excuse des plus... implausible ça se dit ? En tout cas il ne fut pas plus dupe que moi :
- Arrête de raconter des bêtises. Je suis désolé et je ne trouve aucune excuse à mon comportement...
- Mais désolé de quoi, on ne sort pas ensemble à ce que je sache... ou alors j'ai raté un épisode ?
Un silence assourdissant s'est planté entre nous. Parce que je venais de mettre des mots sur la chose la plus évidente au monde ? Puis soudain il a lâché mon bras en déclarant :
- C'est vrai. C'était juste que, je voulais que tu saches...
Je ne respirais plus, il ne me regardait pas.
- ... Tu sais quand tu as embrassé... Antoine...
J'étais au bord de la scincope a défaut de pouvoir fournir des larmes.
- ... J'ai cru que j'allais devenir dingue.
J'aurais voulu dire quelque chose mais les sons restaient bloqués dans ma gorge.
- Je pensais que je te détestait, c'est vrai. Mais... quand j'ai entendu parler de ce Baptiste, ça m'a agacé. Quand Antoine m'a parlé de son "experience", je n'ai pas compris pourquoi cela me révoltais autant. Parce que je suis comme eux, il aurait visé quelqu'un d'autre j'en aurais ri aussi, je le sais, on ne change pas ce que l'on est. Mais quand je l'ai vu t'embrasser... Je me suis dit qu'après tout, mourire n'étais pas si mal si tout ce que j'étais capable de te faire c'était du mal...
- Etienne... mais je n'avais aucune idée de ce que j'allais dire et il m'interrompit aussitôt d'un geste de la main.
Il s'éloigna à grandes enjambée.